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Le p'tit conseil naturel

Widgecolo tout sur le bio

Publié par Mohamed Tabèche

Ces balades du mois d’août dans le parc National du Djurdjura avec mes enfants furent un enchantement car plein d'événements se sont déroulés. D’abord, cette concentration de vautours se disputant un repas, observation spectaculaire, durant près de quarante ans de fréquentations de ces lieux j'ai rarement vu de pareille scène, au même moment, non loin des charognards, un autre événement se déroule, ce qui donne l'occasion à Sofiane et son cousin Ghilas d'accomplir un geste de bravoure en sauvant de la noyade un petit veau coincé dans un bassin.

Ensuite j’ai retrouvé les membres du GRIMP 10 de Bouira, ces pompiers de l'extrême en plein entraînement de spéléologie-secours au gouffre du Boussouil, quel plaisir de revoir les nobles activités reprendre dans ce lieu longtemps laissé à l’abandon. Quel bonheur de me retrouver dans cette ambiance presque oubliée. A la vue des cordes amarrées au P35, je me suis engouffré, pour un court instant, dans les méandres de mes pensées spéléologiques. 

 


Nous avons prolongé notre balade jusqu’à Tikjda, dans sa magnifique cédraie, là j'ai repris contact avec les membres de la direction du Parc. Au carrefour, à proximité de l'hôtel des cèdres, à coté de la remontée mécanique (en panne permanente), une colonie de singes Magot avait pris possession des lieux au milieu des gens. Spectacle inhabituel pour moi, jadis en ces lieux, le Magot se tient à une bonne distance des hommes, aujourd'hui les mains tendues donnent et prennent du pain, des biscuits et d'autres sucreries très néfastes pour l'espèce, quelle désolation ! 

 


Permettez-moi de vous présenter le singe Magot, de son nom scientifique Macaca sylvanus. Il se caractérise par l'absence de queue et vit dans les montagnes des pays de l'ouest de la Méditerranée, au Nord de l'Algérie et du Maroc ainsi qu'au sud de l'Espagne à Gibraltar. Il en existe aussi dans la Montagne des singes en Alsace. Ces singes sont avec les macaques du Japon, les primates les plus septentrionaux. Il est omnivore ainsi son régime alimentaire se compose de fruits, des graines, d’insectes, de mollusques, de certaines racines et plantes qu'il sait d'instincts non toxiques. L'homme (touristes, bergers,…) lui dispute et détruit son territoire, lui donne de la nourriture inadaptée, le braconne et le harcèle, alors qu’il est le premier habitant de ces lieux depuis des millénaires.

 

Les singes nous ont présenté un véritable show, bondissant de branches en branches, utilisant les remonte-pentes abandonnés de la station de ski comme balançoire ou tremplin. Ce tourbillon de figures toutes aussi folles les unes que les autres se faisaient sous l’autorité et la surveillance d’un singe, qui semble plus grand et âgé. A la fin du spectacle, ce vieux sage bravant une peur légitime envers l’espèce humaine, dont il connaît la capacité de nuisance sous le prétexte "de civiliser" ou "d'instruire", s’est approché de moi d'une fière allure et me dit :

-Toi tu me parais sympathique et j'ai confiance en toi, je m'appelle Hemou.

Je ne sais pas si c'est moi qui avais compris soudain le langage des singes ou c'est lui qui connaissait notre langue. Pendant que mes enfants disputaient des fruits avec les siens, nous avons parlé de beaucoup de choses, même des images que je prenais avec ma camera.

- Filme ! Filme ! Il se pourrait que dans peu de temps tous disparaissent, ce décor, les arbres et nous, seules ces images resteront. Me dit-il tristement et de poursuivre dans un sursaut :

-Pourras-tu nous obtenir des vidéos de nos cousins d'Alsace ? Et à propos de cousins, puis-je te demander un service ?

-Bien sur, ne suis-je pas ton ami ? Et l'ami de tous les animaux d'ailleurs.

Il me tend une lettre à transmettre à Cornélius, son cousin d'Alsace. Il m’a autorisé à vous en donner la teneur, aussi voici cette lettre :

Lettre du Singe de Kabylie au singe d'Alsace.

 "Habituellement je ne sais pas écrire, mes lointains ancêtres du Japon : Mizaru, Kikazaru, Iwazaru, me l'ont déconseillé, rappelez vous de la célèbre sagesse ou de l’adage populaire des trois singes : Ne rien voir, ne rien entendre et ne rien dire. "Aujourd'hui c'en est trop, je te lance un appel de détresse à toi mon cousin d'Alsace, qui a réussi à émigrer en France, tu as de la chance d'avoir une montagne toute à toi et qui porte même ton nom. Quelle chance tu as toi, que les hommes de chez toi savent comment t'aimer, en te respectant en te donnant un territoire, que tu occupes seulement depuis quarante ans. Nous ici, ça fait des millions d'années qu'on occupe le Djurdjura et on veut nous exproprier, ces hommes détruisent nos "maisons" quand ils ne les brûlent pas, pour construire : Hôtels, Chalets, stade, routes, *1 Ils viennent jusqu'à nos portes, pour empoisonner nos enfants avec leur nourriture dangereuse, parfois ils les kidnappent pour les vendre ou en faire des attractions dans les places et les souks. Habitués par le nouveau régime alimentaire, nos enfants sont devenus paresseux, ils quittent souvent notre territoire, qui se réduit comme une peau de chagrin pour envahir les potagers et même les maisons des villageois, qui parfois les accueillent avec du plomb. Quand ils sortent en escapades nous sommes angoissés de ne plus les revoir, tu comprends ? Il pourrait leur venir l'idée de faire comme les "Haragas"  

Tu es un singe comme moi, donc tu peux me comprendre, peux tu m'expliquer les secrets de ta réussite ? 

Fraternellement "Hemou "

  J’ai repensé au geste de civisme des gamins, Sofiane et Ghilas quelques heures plus tôt et je me suis engagé auprès de "Da Hemou", à transmettre son courrier, mais aussi son appel de détresse avant que nous regrettions la disparition des espèces, qui elles, assurent plus ou moins le fragile, sensible et précieux équilibre de la terre. Egalement à soutenir la cause de Da Hemou et de ses congénères avec l'aide de nombreux amis.      
*1 Censuré.                                  
Avec l'aimable participation de: Abbas Toumert

 

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