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Le p'tit conseil naturel

Widgecolo tout sur le bio

Publié par Ali Birouni

Lorsque les montagnes avaient commencé à émerger, harcelées par les rigueurs climatiques et soumises à l'érosion de vents puissants, les hommes n'étaient pas encore là. Ils n'arriveront que bien plus tard, non pas pour en prendre possession mais seulement pour s'y abriter.

 

Aujourd'hui, nous pouvons porter deux regards différents sur la montagne : Celui du montagnard qui y est venu au monde et qui la connaît parfaitement, et l'autre; celui qui n'en est nourri que par l'imaginaire, ne connaissant d'elle que ce qu'il a lu, ce qu'il a vu à travers le petit écran ou dans les salles de cinéma. Pour ce dernier, contes et légendes se rejoignent pour donner naissance à une passion, peut-être un amour, qui se métamorphosera au fil du temps en découverte puis en expérience. Beaucoup d'hommes sont venus très tard à la montagne pour ne plus en repartir ou ne s'en éloigner que physiquement.  Toute leur vie, même au lointain, ils resteront habités, sans le savoir, par ...l'esprit de la montagne.

 

L'esprit de la montagne n'est pas une forme abstraite et fantomatique qui n'apparaît qu'à la nuit finissante au regard de quelque berger innocent. Il n'est pas non plus cette multitude de saints qu'on invoque et qu'on implore pour qu'ils nous drapent de leur brumeux voile protecteur, ni ce héros de la guerre de libération tombé les armes à la main, qui revient hurler son martyr. L'esprit de la montagne, c'est son silence profond, ses bruits comme des murmures et ses chuchotements. C'est l'écho qu'elle nous renvoie de nos joies comme de nos tristesses, de nos cris comme de nos pensées. C'est cette sensation de bien-être, de forte sérénité, d'inquiétude, qui s'en dégagent et que l'on ne peut s'empêcher de ressentir. Étranges sentiments contradictoires! L'esprit de la montagne, c'est surtout sa multitude d'enfants qui, à travers les âges, n'ont cessé de la façonner, de l'embellir, de la défendre, de la louer, de la chanter. En un mot : de l'aimer.

 

Brahim, en bon photographe amateur, en fait partie. Mais Brahim ne photographie pas le Djurdjura, il le sent. Ses photos, loin d'être seulement des images, sont une expression que notre ami libère pour laisser parler la montagne. Qui peut mieux qu'un enfant de cette montagne lui permettre de dire? Qui peut mieux qu'un fils du Djurdjura en être le porte-parole sans risquer de trahir?

Grâce à lui et à tant d'autres, le Djurdjura ne cesse de hurler à notre face les agressions dont nous nous rendons responsables à son égard, de nous confier la possibilité d'un rêve qu'on croyait impossible depuis plusieurs générations, d'offrir à notre regard de lève-tard les nuances d'une beauté insoupçonnée, comme si le Djurdjura ne sait se parer de ses atours que pour ceux qui peuvent se réveiller de bonne heure, que pour ceux qui, non pas l'observent pour en saisir les traits et les caractères, mais l'écoutent pour en sentir battre le pouls et le coeur. Combien sommes-nous encore à nous lever dès l'aube pour admirer la naissance du jour? Pour voir, dans une couleur flamboyante, les premiers rayons de soleil s'écraser contre ses remparts? Finalement, c'est en côtoyant de près ses enfants, que nous comprenons que cette montagne restera en partie définitivement mystérieuse, malgré tous nos efforts de toujours mieux la déchiffrer pour d'avantage nous en approcher.

Et pour confirmer un peu notre sentiment, c'est à Brahim, auteur généreux d'un de nos albums photos (  Djurdjura : vues de l'intérieur. ) d'ajouter qu'il n'est pas photographe et encore moins un professionnel de la photo. C'est donc un conteur, un militant par l'image. L'aigle du Djurdjura n'observe pas, il perce de son regard. Si Brahim conte par l'image sa montagne, d'autres, très nombreux avec qui il les partage, enrichissent leur imagination et se font une idée - leur idée- de nos montagnes sans y avoir jamais mis les pieds. C'est ça l'esprit de la montagne. Il a le pouvoir de se transporter à des milliers de kilomètres.

 

" Mais nul besoin de me comprendre, semble nous dire ce longiligne mastodonte rocheux, vivez-moi plutôt au jour le jour!"

 

C'est cette relation particulière, complexe et métaphysique entre le Djurdjura et ses fils, que nous invitons les amis de nos montagnes à tout le moins respecter, faute de pouvoir la comprendre.

Et combien sont-ils d'anonymes, (des centaines ou des milliers?) qui ont choisi de rester vivre dans les villages du Djurdjura, qui n'ont guère un lien sentimental mais bien ombilical avec notre Adrar. Combien de générations de femmes se sont succédées sur ses pentes -ingrates?- pour y faire pousser, armées de leur courage, au prix de torrents de sueur et de larmes, ces milliers de figuiers ou de cerisiers dont on savoure aujourd'hui les fruits.

 

Quand un citoyen défenseur du Djurdjura parle d'Aswel, il souligne toute la beauté du site et regrette le massacre dont il a été victime ( c'est le regard porté de l'extérieur ). Quand c'est un montagnard qui en disserte, il énumère les conséquences désastreuses qui ne manquent pas de se répercuter sur la vie des villageois en aval. Il met en exergue, avec ses mots simples,  la menace qui pèse sur la biodiversité, tout en nous laissant deviner en filigrane la possibilité pour la nature de reprendre ses droits sur cet endroit dans le futur. C'est que chez les montagnards, l'espoir est infiniment têtu. De nos jours encore et plus que jamais.

 

Amocher la montagne, ce n'est pas seulement une défiguration esthétique de toutes les femmes et de tous les hommes qu'elle abrite. C'est s'attaquer à l'âme d'une population qui, depuis des siècles, en a fait symboliquement le père protecteur ( la montagne se conjugue au masculin en kabyle ), et la mère nourricière qui couvre de ses bienfaits et de ses richesses toutes les activités des êtres qui l'ont choisie pour habitat. C'est aussi ça l'esprit de la montagne.

 

L''enfant de Timeghras, depuis qu'il avait commencé à accompagner son grand-père, tout petit, pour apprendre à devenir berger sur les parcours de transhumance en haute montagne, a continué de faire partie de toutes les aventures associatives et culturelles dans sa région. Tour à tour, on l'a aperçu campant un rôle dans le sublissime film-légende "la montagne de Baya" de Meddour, ou aux côtés des artistes et des grands de la chanson kabyle, ou bien encore à la tête ou dans les carrés de manifestants lorsqu'il s'agit de revendiquer plus de droits et plus de liberté.

 

Qu'on se le dise; ce sont tous les actes, toutes les actions de ces milliers d'inconnus, mêmes d'apparence isolées et insignifiantes, artisans sculpteurs, bergers, bûcherons ou jardiniers, qui finiront par sortir notre région de l'ornière et des préjugés dans laquelle l'a plongée le cours de l'histoire.

 

L'esprit de la montagne, c'est finalement tout ça. De ses hauteurs, de toutes ses hauteurs, il ne cessera de souffler sur l'ensemble du pays, pour le ramener à plus de raison et à autant de sagesse.

 

esprit-de-la-montagne.jpg

Commenter cet article

1ami jurjura 17/04/2015 15:04

laisser des msg sympa et anonyme c' est la meilleur des choses

salima 14/04/2014 12:17

J aimerais bien avoir le temps pour pouvoir contempler ces montagnes

1ami jurjura 17/04/2015 16:05

salima bjr puis-je_ vous demander un renseignement et vous me repondrez dans la semaine des 4 saison bien sure depuis 30ans qu'on connais la chansons des tarlouzes

ADD 14/04/2014 12:24

Vous manquez vraiment de temps?